Mixité dans les entreprises de l’IT : une utopie ?

L’industrie du numérique transforme profondément notre économie et crée de plus en plus d’opportunités d’emplois durables et à forte valeur ajoutée. Pourtant, les femmes sont très peu représentées dans ce secteur. Le changement vers une plus grande mixité tarde malgré une forte mobilisation. Pourquoi se priver de la moitié de ces talents et faire évoluer ce secteur sous un prisme majoritairement masculin ?

Aujourd’hui, le secteur numérique peine à attirer les femmes tandis que leur nombre tend à augmenter dans les autres secteurs de l’ingénierie. Les femmes ne sont que 15 % en moyenne à s’engager dans des études d’informatique. Une tendance observée partout dans l’Union Européenne.

Il y a 30 ans, les femmes occupaient environ 30 % des fonctions techniques des métiers du numérique. Cette part a été divisée par deux depuis, et on retrouve désormais les femmes principalement au sein des fonctions support.

Comment attirer les quelques talents formés sur le marché ?

Pour s’adapter aux attentes des collaborateurs et collaboratrices du numérique, nous avons adapté notre mode de management.

Pour Tim Saumet, le CTO de Tilkee, ce n’a pas toujours été intuitif, mais “c’est tellement plus simple aujourd’hui ! Les relations avec mon équipe sont apaisées, nous pouvons avancer main dans la main pour développer Tilkee. Et je suis même parfois surpris des initiatives de mon équipe qui s’implique à 100%. Dernièrement, ils ont proposé un Tilkathon, un week-end entier pour mettre en place des tests au sein de l’application. Demander à mes collaborateurs de bosser le week-end… Cela me semblait impossible ! Mais si la demande vient d’eux*, j’y participerai avec plaisir et je ne vais pas leur dire non.

L’équipe technique de Tilkee compte aujourd’hui 5 femmes sur 12 collaborateurs, cela fait une jolie représentativité de l’ordre de 42% !

Première femme à avoir rejoint Tilkee il y a 2 ans : Vanessa, en reconversion après un bac+5 marketing et des expériences en tant que community manager. Cela a impulsé l’arrivée d’autres femmes : Aurélie, Lucie, Julie et Andréa. En effet, ce n’est pas toujours simple pour une femme d’être la première dans une équipe d’hommes… Mais il en fallait plus pour effrayer Vanessa.

Pour Aurélie, en reconversion aussi après 15 ans passés dans l’univers de la confection de luxe, ses motivations étaient différentes : jeune maman, elle souhaitait des horaires flexibles pour s’occuper de sa fille en parallèle de son job.

Vanessa, Aurélie et Julie sont des profils en reconversion. Et c’est une énorme valeur ajoutée au sein de l’équipe technique : elles ont un savoir-être décuplé et une approche parfois totalement différente du métier.

Quand on demande aux collaboratrices de Tilkee les raisons pour lesquelles elles ont rejoint l’aventure, un autre argument inattendu apparaît : “La transparence des salaires : pour une même mission, nous savons que nous ne sommes pas moins payées qu’un homme. C’est rassurant et motivant !

Tilkee a également encouragé les activités annexes en laissant la possibilité aux collaborateurs de faire des missions en freelance. Timothée nous partage une anecdote récente : “Dernièrement un collaborateur m’a demandé un coup de main pour un de ses clients à titre personnel, j’étais ravi de pouvoir l’aider. En plus, c’est un langage sur lequel nous travaillons aussi et je me suis dit qu’il ne pouvait que progresser en prenant des missions de ce type !

“Néanmoins il ne faut pas croire que c’est une cour de récré, il y a des règles claires et des limites à ne pas franchir. Mais tant que cela ne les empêche pas de travailler efficacement pour Tilkee, je ne vois pas la raison de leur mettre des bâtons dans la roue”

dit Sylvain Tillon, le CEO de Tilkee.

Les résultats sont éloquents : pas (ou presque pas) de turn-over au sein de l’équipe technique et des candidatures entrantes pour rejoindre l’équipe !

La recette de Tilkee ?

  • Une vraie transparence des salaires
  • Une hyper flexibilité sur le temps de travail (horaires / congés sans solde…)
  • La possibilité d’avoir des activités annexes (freelance / side project)
  • L’embauche de profils en reconversion (profils juniors mais avec une bonne expérience du marché du travail)
  • Les moments “off” (jeux vidéo ou sport pendant la pause déjeuner par exemple)
  • Un vrai travail marketing sur la visibilité de l’entreprise auprès de profils techniques (interventions dans les écoles et formations)
  • Pas de mise au placard après un congé maternité

Conclusion

Le très faible nombre de femmes dans les métiers du numérique présente deux risques majeurs :

  • Économique : Le secteur a de plus en plus de difficultés à recruter en nombre suffisant pour mener les transformations numériques indispensables à leur compétitivité. Atteindre la parité pourrait ainsi générer en France 10 % de PIB supplémentaire d’ici à 2025, d’après le cabinet McKinsey.
  • Sociétal : Une société numérique, qui impacte de plus en plus notre quotidien, ne doit pas être pensée, développée et gouvernée que par des hommes.

Le plafond de verre numérique existe tant qu’on l’entretient, c’est la volonté de chacun qui permettra de le casser. Et c’est peut-être aussi à nous, entreprises du numérique, de montrer l’exemple et de faire les efforts pour attirer les femmes à se former ou à se reconvertir dans nos métiers !

* Chers inspecteurs du travail, ne me tapez pas dessus ! Le Tilkathon n’est pas obligatoire, chacun est libre d’y participer ou non. Et les participants récupéreront 2 jours de congés en échange de leur participation.

Un grand merci à Sylvain Tillon, auteur de cet article.