🎦 SpotLeague #4

TĂ©moignage de Emmanuel Ranc

Sur la suggestion de Laurent Laporte, son prédécesseur dans notre série d’entretiens, nous prenons des nouvelles d’Emmanuel Ranc, président de Yesitis, l’entreprise auvergnate qui perce dans le domaine de l’IoT. En tant que spécialiste de l’intelligence artificielle, le patron de Braincube était curieux d’avoir le point de vue d’un expert de l’internet des objets sur cette (lente) sortie de crise.

Notre écosystème local est capable, ensemble,, de produire des solutions innovantes

Quelle est l’ambiance à Yesitis au sortir de cette année particulière ?

Pour nous, ça a été une année complexe : beaucoup de clients ont temporisé leurs décisions et, sinon annulé, plutôt reporté leurs projets. Il a fallu arriver à gérer cette baisse de revenus, trouver des ressources pour survivre, recourir aux aides de l’État. Mais depuis le début de l’année, les clients reviennent progressivement, avec des décisions à prendre d’ici au mois de juin, et nous nous acheminons vers une situation d’avant covid.

Nous sommes une petite équipe à l’esprit familial, qui est restée soudée. Chacun a fait des sacrifices, est passé par le chômage partiel, mais nous avons surmonté tout cela ensemble.

📣 Qu’est-ce qui a changé de façon durable pour l’entreprise ?

C’est surtout le volet télétravail qui a changé nos façons de travailler et qui restera partiellement, pour apporter un peu plus de souplesse à l’équipe.

Nous avons changé un peu la relation client dans le sens où nous nous recentrons sur des projets déjà assez mûrs pour aboutir rapidement, de façon à retrouver une rentabilité à court terme ; nous allons éviter pour l’instant d’investir sur des projets de long terme.

Cependant ce ne sera pas une orientation durable, car nous sommes en pleine période de croissance, nous avons mené en parallèle une levée de fonds, et nous devrions arriver bientôt au bout de cette période où une certaine prudence s’impose.

📚 Quelles leçons peut-on tirer de cette crise, de manière générale pour la société et plus particulièrement pour l’industrie du numérique ?

Il est apparu clair qu’une crise peut apporter des opportunités de rebond, spécifiquement dans le monde digital. On l’a vu avec la crise covid. Il y a bien sûr une période d’arrêt, mais ensuite la période a poussé à trouver des solutions, des initiatives ont pu être accélérées, comme le « clic and collect » par exemple. Une crise constitue une secousse pour l’innovation et finalement, le « go » est plus important que le « stop ».

🎯 Quelles tendances vois-tu se dessiner pour Braincube dans un avenir de l’après-crise covid ?

La tendance de fond est d’aller vers le développement durable, d’abord pour travailler les projets de manière écoresponsable et dans le sens d’une économie de la ressource.

Par exemple nous travaillons actuellement sur la problématique des îlots de chaleur : c’est une thématique qui a du sens.

Ensuite, la tendance est de réduire l’impact des transports sur la planète et la dépendance à l’international. L’aspect « made in France » devient une demande forte, dont on a mesuré l’importance dans le domaine de la santé ou de l’électronique. La crise sanitaire a clairement joué sur la prise de conscience à ce sujet et cela se traduit d’ores et déjà par des commandes. D’autant plus qu’il apparaît qu’on est capable de produire aux mêmes prix que les entreprises chinoises, et que le coût du transport s’avère de plus en plus aléatoire.

Qu’attends-tu de Digital League pour aider à faire émerger cette après-crise ?

La Digital League regroupe un écosystème qui a une énorme carte à jouer. Je travaille dans le numérique depuis vingt ans : on a commencé par travailler sur des services de premier niveau, comme par exemple les ERP. Mais désormais ça ne suffit plus ; on doit aller vers des services plus innovants. Et pour cela la Digital League a un rôle à jouer de mise en relation des différentes compétences, pour qu’on puisse proposer ensemble des solutions qui vont plus loin. On doit se dire qu’on peut répondre ensemble à une problématique, et en plus, qu’on peut le faire localement. Rien qu’en Auvergne, on n’a pas à rougir des compétences présentes et il y aurait de quoi prétendre à être une « IoT Valley ».

💡 La question de Laurent Laporte, ton prédécesseur dans cette série d’interviews : la vraie révolution ne va-t-elle pas venir davantage de l’IoT que de l’IA ?

Je dirais que l’un ne va pas sans l’autre.

L’autonomie, la sécurité, la certitude de la mesure qu’apporte l’IoT sont nécessaires à l’intelligence artificielle et inversement, l’IoT ne débouche pas sur grand’chose sans l’IA, tout en ayant encore beaucoup de chemin à faire, de choses à démontrer et d’enjeux à relever. Alors que l’un combiné avec l’autre pourront permettre de proposer des services beaucoup plus intéressants.

Il y a quelque chose à faire autour de ça en Auvergne et on en est encore aux prémisses, nous apprenons à nous découvrir. Cela rejoint mon propos de la question précédente : notre écosystème a des complémentarités à valoriser.

👤 À qui voudrais-tu passer le témoin pour le prochain SpotLeague et quelle question voudrais-tu lui poser ?

Je voudrais passer le relais à Paul Pinault et lui poser cette question sur l’IoT : « selon lui, quel est, parmi tous les systèmes et réseaux de communication existants aujourd’hui, celui qui va se détacher et faire l’unanimité à un horizon de deux ou trois ans ?

Propos recueillis par La Plume Agile