L’intelligence artificielle gagne du terrain dans la cybersécurité. Pourtant, selon les dernières données de l’OCDE, seules 5,3 % des entreprises l’utilisent aujourd’hui pour leur sécurité numérique. Derrière cette adoption rapide mais encore limitée se dessine une réalité : le marché est loin d’avoir atteint sa maturité, particulièrement auprès des PME. Une situation qui pourrait bien rebattre les cartes pour les fournisseurs de solutions et services cyber.
Une adoption qui accélère, mais reste minoritaire
Publiées le 26 octobre 2026, les dernières statistiques de l'OCDE révèlent une progression significative de l'intelligence artificielle dans les dispositifs de cybersécurité des entreprises. Son utilisation a plus que doublé depuis 2021, avec une croissance de 23,2 % entre 2024 et 2025.
Pourtant, cette dynamique masque une réalité : en 2025, seules 5,3 % des entreprises de la zone OCDE déclaraient utiliser l'IA pour leur sécurité informatique, notamment pour détecter et prévenir les cyberattaques ou renforcer l'authentification des utilisateurs.
Le constat est d'autant plus intéressant que 17,7 % des entreprises avaient subi un incident de sécurité numérique en 2023, soit une hausse de 28,2 % par rapport à 2018.
L'IA progresse donc dans la cyberdéfense, mais son déploiement reste encore limité au regard de l'exposition des entreprises aux menaces.
Une fracture majeure entre PME et grandes entreprises
L'un des enseignements les plus marquants de l'étude concerne les différences d'adoption selon la taille des organisations.
En 2025, 26,7 % des grandes entreprises utilisaient l'IA pour leur cybersécurité, contre 9,6 % des entreprises moyennes et seulement 3,7 % des petites entreprises. Un écart de plus de sept fois entre les deux extrêmes.
Les disparités sont également sectorielles. Dans l'information et la communication, 18,1 % des entreprises déclarent utiliser l'IA pour leur sécurité numérique, contre seulement 2,1 % dans l'hébergement et la restauration.
Ces différences traduisent notamment des niveaux de maturité numérique, de ressources et de compétences très hétérogènes. Elles interrogent surtout la capacité du marché à proposer des solutions adaptées à des entreprises qui ne disposent ni d'un SOC interne, ni d'équipes cyber spécialisées.
Car si les grandes organisations peuvent investir dans des plateformes avancées de détection et de réponse aux incidents, les PME recherchent avant tout des réponses simples, accessibles et proportionnées à leurs risques.
En France, l'IA avance plus vite que les fondamentaux cyber
Le Baromètre France Num 2026 apporte un éclairage complémentaire. Désormais, 40 % des TPE-PME françaises déclarent utiliser au moins une solution d'intelligence artificielle, soit une progression de 14 points en un an.
Mais dans le même temps, 39 % déclarent avoir subi au moins un incident de cybersécurité au cours des douze derniers mois. Plus révélateur encore, seules 39 % utilisent l'authentification multifacteur, 32 % sensibilisent leur personnel et 26 % disposent d'un référent interne en cybersécurité.
Ces chiffres ne mesurent pas exactement les mêmes usages que ceux de l'OCDE. Ils mettent néanmoins en évidence un décalage : les entreprises adoptent rapidement de nouveaux outils d'IA alors que certaines pratiques élémentaires de sécurité restent insuffisamment déployées.
Pour les professionnels de la filière, cette situation fait émerger deux besoins complémentaires : sécuriser les nouveaux usages de l'IA dans les entreprises et utiliser l'IA pour améliorer leurs capacités de cyberdéfense.
Deux marchés différents, qui mobilisent parfois les mêmes expertises, mais répondent à des problématiques distinctes.
Pour les acteurs cyber, la valeur pourrait se déplacer vers les services
L'étude NIS Investments 2025 de l'ENISA vient enrichir cette lecture. Elle observe une réorientation des investissements en cybersécurité vers les technologies et les prestations externalisées, dans un contexte où les difficultés de recrutement et de fidélisation des experts restent importantes.
Cette évolution ouvre des perspectives pour les éditeurs, intégrateurs, cabinets de conseil et fournisseurs de services managés.
Demain, la démocratisation de l'IA défensive ne passera pas nécessairement par la multiplication des logiciels spécialisés achetés directement par les PME. Elle pourrait davantage s'appuyer sur des offres intégrées, associant automatisation, supervision, détection et accompagnement humain.
L'enjeu n'est d'ailleurs pas de proposer systématiquement de l'IA à tous les clients. Une entreprise qui ne dispose pas de sauvegardes fiables, d'authentification renforcée ou d'une gestion rigoureuse de ses accès n'a pas nécessairement besoin d'un nouvel outil intelligent pour améliorer significativement sa sécurité.
La véritable opportunité consiste à proposer le bon niveau de protection, au bon coût, avec un niveau de complexité adapté à l'entreprise.
L'IA transforme aussi les risques qu'il faut protéger
Cette évolution intervient alors que la menace continue de se transformer. Dans son Panorama de la cybermenace 2025, l'ANSSI observe l'intérêt croissant des attaquants pour les outils d'intelligence artificielle, tout en rappelant qu'il serait prématuré de parler d'un changement complet de paradigme.
L'IA intervient désormais à plusieurs niveaux : elle peut renforcer les capacités de détection et d'analyse des défenseurs, faciliter certaines opérations malveillantes et introduire de nouvelles vulnérabilités lorsqu'elle est intégrée aux systèmes d'information.
Cette triple évolution crée de nouveaux besoins pour les acteurs cyber : sécurisation des applications intégrant de l'IA, gouvernance des données et des accès, contrôle des automatisations, supervision des agents autonomes et adaptation des dispositifs de réponse aux incidents.
Autant de sujets qui prolongent les travaux menés en 2026 par le Club Experts Cybersécurité de Digital League autour de la sécurisation des feuilles de route IA.
Prochain défi : démocratiser une cyberdéfense augmentée par l'IA
Les chiffres de l'OCDE révèlent finalement un marché encore émergent, mais porteur d'évolutions importantes pour les professionnels de la cybersécurité.
Pour les fournisseurs de solutions et services cyber, trois enjeux se dessinent : rendre les technologies avancées accessibles à davantage d'entreprises, accompagner l'intégration sécurisée de l'IA dans les organisations et faire évoluer les offres vers davantage de services et de valeur opérationnelle.
Mais cette démocratisation ne pourra pas reposer uniquement sur la promesse technologique. Elle devra aussi démontrer son efficacité, sa fiabilité, son coût et sa capacité à s'intégrer dans les pratiques des entreprises.
La prochaine étape du marché ne sera donc pas simplement de mettre davantage d'IA dans la cybersécurité. Elle sera de rendre cette intelligence réellement utile, accessible et maîtrisable par ceux qui en ont besoin.
Sources
ANSSI — Panorama de la cybermenace 2025
Digital League — Travaux sur la sécurisation des feuilles de route IA des entreprises.