À l’ère où l’écriture de code devient de plus en plus accessible, voire automatisée, la vraie valeur réside désormais dans l’excellence opérationnelle. Comme le souligne Swizec Teller dans son article, "tout le monde veut écrire un prototype, mais personne ne veut faire tourner un service". Le futur de l’ingénierie logicielle ne se joue plus seulement dans la capacité à coder, mais bien dans celle à maintenir, optimiser et garantir la fiabilité des systèmes sur le long terme. C’est là que le rôle du Site Reliability Engineer (SRE) devient central.
L’illusion des solutions "no-code" et l’effet pervers de l’automatisation
Swizec Teller prend l’exemple de Joe, un employé d’un service comptable qui, lassé de répéter une tâche hebdomadaire de 10 heures, décide de créer son propre outil grâce à des solutions no-code et des macros Excel. Au début, c’est une réussite : sa tâche ne prend plus qu’une heure. Mais avec le temps, les exceptions s’accumulent, les règles métiers évoluent, et Joe se retrouve prisonnier de son propre système. Ce qui devait le libérer devient une source de stress permanente. "Il ne peut plus partir en vacances, former quelqu’un d’autre, et son outil ne fonctionne jamais parfaitement", résume l’auteur. Une situation qui rappelle la fameuse "maladie de l’ordinateur", décrite par le physicien Richard Feynman : l’automatisation est grisante, mais la maintenance est un fardeau.
Cette anecdote illustre un paradoxe : si les outils no-code et l’IA facilitent la création de solutions sur mesure, ils ne résolvent pas le problème de leur pérennité. Comme le dit Teller, "les gens n’achètent pas du logiciel, ils embauchent un service". Or, un service se doit d’être fiable, scalable et invisible pour l’utilisateur final.
Pourquoi l’excellence opérationnelle est-elle l’avenir ?
La vraie difficulté ne réside pas dans les 90 % initiaux nécessaires pour créer un prototype fonctionnel, mais dans les 190 % restants : garantir une disponibilité constante, anticiper les pannes, gérer les dépendances externes, assurer la sécurité des données, et répondre aux attentes des utilisateurs 24h/24, quel que soit le fuseau horaire. Voici quelques questions clés que pose l’auteur :
- Quel est votre taux de disponibilité ?
- Comment gérez-vous les incidents ? Les détectez-vous avant vos utilisateurs ?
- Pouvez-vous garantir la fiabilité de votre service, même en cas de défaillance d’un fournisseur ?
- Vos systèmes sont-ils assez robustes pour évoluer sans devenir ingérables ?
Ces défis, bien plus complexes que l’écriture de code, définissent l’ingénierie logicielle moderne. "Un bon logiciel est invisible", rappelle Teller. Et c’est précisément le rôle du SRE : rendre cette invisibilité possible, en combinant automatisation, monitoring proactif et culture de la fiabilité.
Le SRE, un métier en plein essor
Avec la démocratisation des outils d’IA et de développement, le besoin en ingénieurs capables de faire tourner des services plutôt que de simplement les concevoir explose. "Le SRE est sur le point de devenir le poste le plus recruté en ingénierie", prédit Swizec Teller. Les entreprises ne cherchent plus seulement des développeurs, mais des experts capables de garantir la stabilité, la performance et la résilience de leurs infrastructures.
L’article de Swizec Teller sonne comme un rappel : dans un monde où le code devient une commodité, la vraie différenciation se joue dans l’opérationnel. Le SRE n’est plus une option, mais une nécessité pour toute organisation qui souhaite offrir des services fiables et scalables. Pour les ingénieurs, cela signifie une évolution des compétences, vers une maîtrise accrue des enjeux de fiabilité, de monitoring et de gestion des incidents. Une transition qui, selon l’auteur, sera au cœur des prochaines années dans le domaine tech.
C'est quoi le Site Reliability Engineering ?
C'est une discipline informatique créée par Google qui vise à garantir la fiabilité, la disponibilité et les performances des systèmes informatiques à grande échelle. Elle allie des méthodes d’ingénierie logicielle et des pratiques opérationnelles pour automatiser la gestion des infrastructures, limiter les risques d’incidents et offrir une expérience utilisateur fluide.
L’objectif principal du SRE est de trouver un équilibre entre la rapidité des mises à jour et la stabilité des services, en s’appuyant sur des indicateurs de fiabilité, une automatisation poussée et une culture d’amélioration continue.