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Souveraineté numérique : Genève pose la boussole, Annemasse montre le chemin

9 juillet 2026 par
Souveraineté numérique : Genève pose la boussole, Annemasse montre le chemin
DIGITAL LEAGUE Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent PAÏTA

Genève vient de publier sa première stratégie de souveraineté numérique. De l’autre côté de la frontière, la Ville d’Annemasse et Annemasse Agglo viennent d’être labellisées « Territoire Innovant » pour MIA, leur IAG destinée à leurs agents.

Deux actualités, deux échelles, mais un même signal : la souveraineté numérique quitte progressivement le terrain des intentions pour entrer dans celui des choix concrets.

Choisir ses dépendances

Genève ne promet ni indépendance totale ni autarcie technologique. Le canton définit la souveraineté comme sa capacité à choisir, maîtriser et assumer ses dépendances numériques, selon la criticité des services publics et la sensibilité des données traitées. Il reconnaît aussi la réalité de son système d’information : outils collaboratifs comme Microsoft 365, solutions cloud, logiciels métiers et nouveaux usages de l’intelligence artificielle.

La question n’est donc pas : « cette technologie est-elle souveraine ? » mais « est-elle maîtrisable, auditable, réversible et soutenable ? ». Que se passe-t-il si le fournisseur change ses conditions, si le service devient indisponible ou si l’organisation souhaite reprendre ses données ?

La stratégie genevoise repose sur des principes clairs : proportionnalité, maîtrise effective, neutralité technologique, réversibilité, soutenabilité et gouvernance explicite. Les arbitrages doivent être documentés, traçables et réévalués dans le temps.  Genève ne signe donc pas la fin du cloud. Elle remet en cause le cloud utilisé par défaut, sans distinction entre un usage courant et un service critique.

Annemasse passe à l’action

Le projet MIA apporte un contrepoint très concret. La Ville et l’Agglo d’Annemasse ont choisi de construire une plateforme d’IAG à partir d’un petit modèle de langage, Mistral Small 3.2, associé à une infrastructure maîtrisée et à un système RAG contrôlé de bout en bout. Celui-ci permet d’interroger les ressources documentaires internes de la collectivité sans envoyer directement les données vers les grandes plateformes généralistes.

La démarche repose sur trois piliers : souveraineté, sobriété et utilité. Elle privilégie un modèle plus léger, adapté aux besoins identifiés, plutôt qu’une course automatique vers la solution la plus puissante. Ce choix implique des compromis. Un petit modèle peut être moins performant sur certaines tâches complexes certes, mais il peut être plus simple à héberger, moins gourmand en ressources et plus facile à intégrer dans une architecture maîtrisée.

C’est précisément cela, un arbitrage de souveraineté : ne pas rechercher la performance maximale dans l’absolu, mais le meilleur équilibre entre usage, maîtrise, coût, sobriété et risque.

La souveraineté totale reste une illusion

Le cas d’Annemasse ne signifie pas que toute la chaîne technologique est indépendante. Même une IA fondée sur des briques ouvertes dépend encore d’infrastructures, de capacités de calcul et de processeurs graphiques produits par quelques acteurs étrangers. Sauf erreur de ma part, l’Europe ne dispose pas, à ce jour, de producteur de GPU comparable aux principaux acteurs mondiaux. Mais une organisation peut reprendre la main sur certaines couches : ses données, son environnement documentaire, le choix du modèle, l’hébergement, les règles d’usage ou la possibilité de remplacer une brique.

Genève et Annemasse convergent ainsi vers une forme de « souveraineté contextuelle » : rechercher le niveau de maîtrise adapté à chaque service plutôt qu’appliquer une doctrine unique à tout le système d’information.

Ce que cela change pour les adhérents Digital League

Pour les éditeurs, la performance fonctionnelle ne suffira plus. Progressivement, les acheteurs publics (et pas que) demanderont si une solution peut être auditée, hébergée dans différents environnements, interconnectée, déplacée ou remplacée. La portabilité des données, la réversibilité et la transparence de l’architecture deviennent des éléments de l’offre.

Pour les ESN et intégrateurs, la valeur se déplace de l’installation vers l’arbitrage : cartographier les dépendances, qualifier la criticité des données, comparer les options de construction ou d’achat et concevoir des architectures hybrides.

Le bon conseil ne sera pas nécessairement de tout internaliser mais pourra consister à conserver une solution cloud pour des usages courants et à déployer un environnement plus maîtrisé pour les données ou services critiques.

Enfin, pour les acteurs cyber, le sujet dépasse enfin la protection technique. Il touche à la continuité, à la résilience, à la gestion des fournisseurs, à la gouvernance des données et à la capacité de reprendre la main en situation de crise. Autant de sujets déjà abordés dans les travaux du Club Experts Cybersécurité autour des feuilles de route IA et de l’équilibre entre performance et souveraineté.

Le vrai test sera l’exécution

Une stratégie ne suffit pas. Une architecture ouverte non plus. Tout se jouera dans la capacité à maintenir les compétences, documenter les choix, mesurer les usages et réexaminer régulièrement les dépendances.

Genève pose les critères : criticité, réversibilité, diversité des fournisseurs, résilience et maîtrise des compétences. Annemasse montre que ces principes peuvent se traduire dans un projet concret, avec ses choix et ses limites.

Pour les adhérents Digital League, le message est clair : demain, les collectivités n’achèteront pas seulement une technologie dite souveraine mais demanderont la preuve qu’elle préserve leur capacité à choisir, comprendre, changer et continuer d’agir.

Bref, Genève pose la boussole alors qu’Annemasse montre le chemin 😉

Sources :

Genève - Communiqué de presse : https://www.ge.ch/document/44080/telecharger

Genève - Stratégie de souveraineté numérique de l’Etat de Genève : https://www.ge.ch/document/44081/telecharger

Annemasse – Communiqué de presse : https://www.annemasse.fr/actualites-et-evenements/fil-info/la-ville-dannemasse-et-lagglo-labelisees-territoire-innovant-pour-leur-ia-souveraine

Annemasse - Article d'Inno Cube : https://inno3.fr/blog/ia-interet-general-communautes/


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